Du tabac au vapotage jusqu’aux sachets de nicotine, les produits changent, mais les stratégies pour attirer une nouvelle génération demeurent.
Ce qui change, c’est le produit. Ce qui demeure, c’est la nicotine et les stratégies utilisées pour la rendre attrayante.
Au Québec, les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme chez les jeunes sont importants, mais la nicotine n’a pas disparu. Elle a simplement trouvé de nouveaux véhicules.
Le vapotage : une nouvelle voie d’accès à la nicotine
Le vapotage nous a déjà montré à quelle vitesse le marché de la nicotine peut évoluer. Au Québec, un élève du secondaire sur six (16 %) avait vapoté au cours des 30 derniers jours en 2022-2023, soit environ 71 400 jeunes. La proportion atteint même 24 % chez les élèves de 5e secondaire. Et chez les jeunes qui vapotent, la nicotine est bien présente : 96 % des élèves vapoteurs avaient utilisé une cigarette électronique contenant de la nicotine (1).
Ces données montrent que, même si le tabagisme a fortement reculé chez les adolescents, la nicotine continue de rejoindre les jeunes par de nouvelles voies.
Les sachets : un nouveau produit, une vieille stratégie
Les sachets de nicotine s’inscrivent dans cette évolution. Petits, discrets, sans fumée ni aérosol et sans odeur, ils peuvent être utilisés presque partout et sont faciles à dissimuler. Et leur consommation augmente rapidement chez les jeunes : au Canada, l’usage de sachets de nicotine chez les 16-19 ans est passé de 0,4 % en 2022 à 2,5 % en 2024. (2)
Au Québec, les données disponibles montrent déjà leur présence chez les élèves du secondaire : 2,6 % rapportaient en avoir consommé au cours des 30 derniers jours, une proportion qui demeure inférieure à celle du vapotage, mais qui mérite une attention particulière. (3)
Cette évolution est d’autant plus préoccupante que la nicotine est hautement addictive et que le cerveau des adolescents, encore en développement, est particulièrement vulnérable à ses effets.
Sur le terrain, ces changements commencent déjà à se faire sentir. Des écoles nous contactent parce qu’elles sont confrontées à des situations impliquant des élèves qui consomment des sachets de nicotine. La progression observée ailleurs dans le monde montre pourquoi il est important d’agir tôt. L’Organisation Mondiale de la Santé a déjà lancé une alerte à propos des sachets de nicotine dans un rapport publié au mois de mai dernier et la revue scientifique Pediatrics a publié un article en septembre, mentionnant que la consommation des sachets de nicotine a doublé entre 2021 et 2025 aux États-Unis et que la double utilisation de produits de nicotine est courante chez les utilisateurs de sachets de nicotine.
Les produits changent, les stratégies demeurent
Au-delà du produit lui-même, certaines approches rappellent celles observées avec le tabac et le vapotage : saveurs attrayantes, emballages et formats distinctifs, fortes concentrations de nicotine, présence sur les réseaux sociaux, influenceurs et association à des modes de vie valorisés par les jeunes.
Mais une nouvelle tendance mérite aussi notre attention : la nicotine elle-même est en train d’être revalorisée.
Dans certains milieux du bien-être, de la performance et du « biohacking », la nicotine est désormais présentée comme un produit pouvant favoriser la concentration, la productivité ou les performances cognitives. Cette tendance contribue à dissocier la nicotine de l’image traditionnelle du tabac et à la présenter plutôt comme un produit moderne, discret et compatible avec un mode de vie actif.
Cette évolution du discours est préoccupante. Qu’elle soit consommée dans une cigarette, une vapoteuse ou un sachet, la nicotine demeure une substance hautement addictive. Elle peut entraîner une dépendance et, chez les adolescents et les jeunes adultes dont le cerveau est encore en développement, affecter notamment l’attention, l’apprentissage et les mécanismes de récompense. La nicotine peut également augmenter la fréquence cardiaque et la pression artérielle. Le fait qu’un produit soit sans fumée ou sans tabac ne signifie donc pas que la nicotine devient inoffensive. Il importe de ne pas confondre la réduction des risques liés à la combustion avec l’absence de risques liés à la nicotine elle-même.
L’OMS souligne que « la nicotine elle-même est hautement addictive et nocive, en particulier pour les enfants, adolescents et jeunes adultes dont le cerveau est encore en développement. L’exposition à la nicotine durant l’adolescence peut affecter le développement cérébral, y compris les impacts sur l’attention et l’apprentissage. Une consommation précoce de nicotine peut augmenter le risque de dépendance à long terme et d’utilisation future d’autres produits à base de nicotine et de tabac. L’utilisation de nicotine augmente également le risque cardiovasculaire. »
Les prétendus bienfaits de la nicotine doivent également être remis en perspective. Certains discours présentent la nicotine comme un stimulant pouvant améliorer la concentration, la productivité ou les performances cognitives. Or, les données scientifiques ne permettent pas de considérer la nicotine comme un produit de bien-être ou un outil d’amélioration des performances chez les personnes en bonne santé. La sensation de « boost » rapportée par certaines personnes peut notamment correspondre au soulagement temporaire des symptômes de sevrage chez une personne déjà dépendante. Présenter une substance addictive comme un produit de performance ou de bien-être contribue ainsi à banaliser sa consommation et à masquer les risques associés à la dépendance.
Bien qu’au Canada, il existe une seule compagnie autorisée à être vendue derrière le comptoir des pharmacies : Zonnic., la commercialisation en ligne mérite d’être scrutée surtout lorsqu’elle reprend des codes susceptibles de séduire les jeunes et de rejoindre de nouveaux consommateurs qui accèdent facilement à ces produits
Dans le rapport de l’Organisation mondiale de la Santé a d’ailleurs, plusieurs de ces pratiques dans le marché des sachets de nicotine, notamment le recours aux saveurs, aux emballages attrayants, aux médias sociaux et au marketing d’influence, ont été documentées. Lorsque ces codes rejoignent les jeunes, le produit devient aussi un enjeu de prévention de l’initiation et de protection d’une nouvelle génération contre la dépendance à la nicotine.
Garder une longueur d’avance
L’histoire du tabac nous a appris que nous devons agir avant qu’un nouveau produit devienne largement répandu. Depuis près de 50 ans, le CQTS est au cœur de la lutte contre le tabagisme au Québec et a été témoin des nombreuses stratégies déployées pour maintenir la consommation et rejoindre de nouvelles générations. Cette expertise nous permet aujourd’hui de reconnaître les signaux émergents, d’anticiper les transformations du marché et de mieux comprendre les stratégies qui se renouvellent pour rejoindre les jeunes.
Les sachets de nicotine constituent un nouvel exemple de cette évolution. Ils ne remplacent pas le vapotage et ne doivent pas être présentés comme une nouvelle crise déjà généralisée chez les jeunes. Ils montrent toutefois que les produits évoluent rapidement et que la prévention doit être en mesure d’évoluer encore plus rapidement.
L’enjeu n’est donc pas seulement de surveiller les nouveaux produits, mais aussi les nouveaux récits qui les accompagnent. Lorsque la nicotine est présentée comme un outil de performance, de concentration ou de bien-être, elle risque de perdre son statut de substance addictive dans l’imaginaire collectif. Or, quelle que soit sa forme, la nicotine demeure de la nicotine.
Sources
(1) Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023; Institut national de santé publique du Québec, « Vapotage chez les jeunes du secondaire », mise à jour du 19 janvier 2026.
(2) Hammond et al., Awareness and use of oral nicotine pouches among youth and young adults, 2022–2024: repeat cross-sectional surveys in Canada, England, the USA and New Zealand, BMJ Public Health, 2025.
(3) Emerging use of oral nicotine pouches among Canadian adolescents: Findings from the COMPASS-Quebec study, 2025, Canadian Journal of Public Health.
(4) Organisation mondiale de la Santé, « L’OMS met en garde les marques de sachets de nicotine qui ciblent les jeunes alors que les ventes explosent », 15 mai 2026.